De la curiosité à la compétence

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De la curiosité à la compétence

«On ne force pas une curiosité, on l’éveille.» (Daniel Pennac, écrivain français).

Mais de quoi parle-t-on ? D’une tendance à vouloir apprendre de nouvelles choses ? D’une force qui nous pousse chaque fois vers des expériences inédites ? D’une soif de savoirs supplémentaires ? De sa capacité à s’ouvrir aux changements ? Bien évidemment, on parle de tout cela à la fois. Loin de l’amalgame communément admis entre curiosité et indiscrétion, ce qu’Albert Einstein nomme la «sainte curiosité» pourrait bien être le précurseur indispensable de la compétence, du potentiel et du succès. En effet, de nombreux psychologues s’accordent à dire que la curiosité accroît l’intelligence, augmente la persévérance, force le courage et vient même stimuler notre énergie physique et mentale. Alors pourquoi se priver d’être curieux dans le monde professionnel ? Il est même possible pour un manager d’encourager la curiosité de ses collaborateurs pour accroître leurs compétences. Francesca Gino, professeure de gestion des entreprises à la Harvard Business School et auteure, nous livre le résultat de ses études. Avant de les découvrir, ayons la curiosité de regarder ce qu’il se cache derrière ce mot commun.

Les 5 manières d’être curieux

Il existe plusieurs dimensions à travers lesquelles la curiosité peut s’exprimer ou pas, reconnaissez-vous celle qui prédomine chez vous ?

1 – La réaction au manque de connaissances : le défaut d’information va créer une sensation d’inconfort nous poussant à aller chercher des renseignements, des idées nouvelles, voir des solutions pour résoudre un problème.

2 – L’exploration joyeuse : elle contacte notre capacité à nous émerveiller des choses de la vie. Ce type de curieux a besoin de découvrir des domaines inconnus. Parce qu’elle provoque chez lui de puissantes émotions positives, chaque expérience, même difficile, est source d’apprentissage.

3 – La curiosité sociale : elle est caractéristique des personnes aimables, généreuses et modestes. Ce genre de curieux se plaît à écouter et à observer son prochain. Le comportement et les conversations des gens deviennent sa source majeure d’intérêt.

4 – La tolérance au stress : chaque nouveauté apporte son lot d’anxiété. Face à une situation anxieuse, soit on va se sentir dans l’inconfort et en difficulté, soit on va aimer ça. En somme, les situations imprévues suscitent chez ces personnes la curiosité et l’envie d’exploration. Grâce à cette ouverture, les tolérants au stress sont davantage dotés de capacité d’adaptation.

5 – La recherche du frisson : dans ce cas de figure, le curieux trouve l’inconnu et les prises de risques exaltants. L’imprévisibilité fait partie de son univers car il n’apprécie guère la planification.

Développer la curiosité en entreprise

Malheureusement encore aujourd’hui, pour beaucoup de dirigeants, la curiosité est une perte de temps et une remise en question de leur autorité. Or, nous allons le voire, être curieux revêt de nombreux avantages et apporte une valeur ajoutée certaine :

  • Etre curieux évite à un individu de rester sclérosé dans ses croyances : elle amène à imaginer des alternatives, à développer sa créativité et encourager la débrouillardise. Le curieux sera force de propositions constructives dans l’intérêt de l’entreprise pour laquelle il travaille.
  • Etre curieux, plus particulièrement au niveau social, favorise l’efficacité collaborative. Les conflits de groupe sont limités car le curieux saura comprendre son interlocuteur et se mettre à sa place. Ce sont des profils doués dans la gestion des conflits.
  • Etre curieux implique davantage d’écoute et de partage de l’information. De ce fait, la qualité de la communication s’en ressentira et la performance d’équipe sera plus élevée.

Alors comment soutenir la curiosité en entreprise ?

1 – Oser embaucher des personnes curieuses

Pour dénicher le candidat animé par une authentique curiosité, c’est très simple : il suffit d’écouter les réponses qu’il donne, mais aussi, et surtout, les questions qu’il pose lui-même. En orientant l’entretien pour sonder ses centres d’intérêt, comment il a mené ses projets passés et quel est son niveau d’empathie, on peut évaluer son degré de curiosité. En outre, quels genres de questions pose le postulant ? Si elles sont davantage centrées sur le fonctionnement général de l’entreprise plutôt que sur le poste proposé, bingo, vous êtes face à un vrai curieux !

2 – Un dirigeant curieux encourage la curiosité

Un manager curieux va visiter les établissements et les services de son entreprise. Il va aller à la rencontre de ses collaborateurs, leur poser des questions et surtout écouter leurs réponses. Bien souvent, écouter avec curiosité est plus important que parler. En écoutant, on apprend et on reconnaît ainsi les limites de son savoir lesquelles nous poussent à l’exploration. En démontrant une certaine humilité intellectuelle, le dirigeant curieux renforce le lien de loyauté qui existe entre lui et ses salariés.

3 – Donner la priorité aux apprentissages plutôt qu’à la performance immédiate

Pour favoriser la curiosité il est judicieux de structurer le travail en vue de développer ou d’acquérir de nouvelles compétences. D’une part, cela évite de rester sur ses acquis et d’autre part, cela est bien plus motivant. Certes l’apprentissage n’aboutit pas à un résultat positif immédiat mais il favorise l’émergence d’idées novatrices. Etre curieux développe une forme de réactivité et d’adaptabilité face à l’inattendu.

4 – Laisser aux collaborateurs le champ libre à l’exploration

C’est-à-dire du temps et des ressources mis au service de leurs propres centres d’intérêt et de la découverte de domaines inconnus. Loin d’être du temps perdu, ce temps en apparence libre augmente la curiosité, la confiance en ses capacités, les contacts et les interactions de personnes.

5 – Organiser des journées dédiées aux questions et aux hypothèses

Poser les bonnes questions est plus productif que donner les bonnes réponses. Alors apprenons la science du «Pourquoi ?», et du «Et si…» et du «Comment pourrions-nous ?»

Chercher le pourquoi du pourquoi permet de remettre en cause les points de vue existants et de faciliter l’innovation.

Et si en plus de la curiosité vous avez l’opportunité d’expérimenter, vous viserez l’excellence !

Points à retenir

  • La curiosité amène à être davantage force de proposition
  • Un dirigeant curieux encourage la curiosité de ses collaborateurs
  • Favoriser l’apprentissage développe la curiosité
  • Laisser du temps à ses collaborateurs pour la découverte et l’expérimentation
  • Poser les bonnes questions est autant percutant que de donner les bonnes réponses
  • Développer la sciences des questions pour enrichir sa curiosité
  • Curiosité et expérimentation est un duo gagnant

 

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